Des gamins vont continuer à mourir
Article paru sur le site La montagne le 5 janvier 2026
“Des gamins vont continuer à mourir” : après un nouveau drame, comment lutter contre le jeu du foulard, fléau des cours de récré
Après la mort d’une fillette de 10 ans dans le Nord, le “jeu du foulard” revient sur le devant de la scène. Un fléau ancien et toujours mortel, que les associations peinent encore à faire reculer faute de prévention systématique.
La mort d’une fillette de 10 ans à Bruay-sur-l’Escaut (Nord), survenue ce week-end, a ravivé l’inquiétude autour d’une pratique aussi ancienne que dangereuse, communément appelée “jeu du foulard”. Une appellation trompeuse, selon les spécialistes, pour désigner des expériences d’évanouissement provoquées, pouvant entraîner des conséquences irréversibles.
“C’est un réel fléau. Cela fait 25 ans que notre association mène des actions, et cela fait 25 ans qu’il y a des morts”, alerte Françoise Cochet, présidente de l’Association de parents d’enfants accidentés par strangulation (APEAS). En septembre 2000, l’un de ses trois fils, âgé de 14 ans, est décédé dans sa chambre après avoir pratiqué ce type de “jeu”.
Contrairement aux idées reçues, ces pratiques ne concernent pas uniquement les adolescents. “Cela touche toutes les générations de jeunes, de la grande section de maternelle jusqu’au lycée, et même les classes préparatoires”, souligne-t-elle. En 2025, le plus jeune décès recensé avait 9 ans, le plus âgé 20 ans.
Une prévention encore trop marginale
Malgré des alertes répétées depuis des décennies, les actions de prévention restent très inégales sur le territoire. “Les dangers sont encore mal connus et les campagnes de prévention sont rares”, déplore la présidente de l’APEAS, association composée exclusivement de bénévoles. “Quelques établissements nous sollicitent, mais ce n’est pas la majorité.”
Selon elle, seule une mobilisation institutionnelle permettrait de faire reculer le phénomène. “C’est à l’État et au ministère de l’Éducation nationale de prendre la main, de former les rectorats. On ne peut pas mener de prévention sans formation, sinon on risque d’inciter involontairement les enfants à essayer.”
Des signes d’alerte à connaître
Selon l’APEAS, l’un des principaux obstacles reste le retard de détection. Les premiers symptômes sont souvent attribués à la fatigue, au stress ou à la croissance. “Les adultes ne font pas le lien”, regrette Françoise Cochet, alors que ces signaux précèdent parfois de peu un drame.
Il est bon de s’inquiéter en cas de maux de tête violents et récurrents, de traces sur le cou ou le sternum, de rougeurs du visage, de petites taches rouges dans le blanc des yeux (pétéchies), de baisse brutale de l’acuité visuelle, de troubles de la concentration, ou encore de questions insistantes sur les sensations liées à la strangulation de la part de l’enfant.
“Pour les enfants, cela paraît anodin. Ils pensent que s’évanouir puis se réveiller est sans danger”, conclut Françoise Cochet. “Sans prévention systématique, expliquée et renouvelée, des gamins vont continuer à mourir, c’est terrible !”
