Ce courrier témoignage est adressé au ministre de l’Education Nationale et lui a été remis le 18 juin 2009 lors d’un entretien.
19 octobre 2009 : suite à la mobilisation des parents de Marie, une réunion d’information en partenariat avec l’Inspection Académique du Finistère et les établissements publics de Quimper a réuni parents et professionnels le jeudi 22 octobre à Quimper.

tem_f14_1 tem_f14_2

 

Quimper, le 15 juin 2009

Monsieur le Ministre,
Afin que vous puissiez mieux comprendre le désarroi dans lequel vit quotidiennement une famille touchée de manière dramatique par le jeu du foulard, nous avons souhaité vous apporter notre témoignage, qui nous le pensons, est loin d’être un cas isolé, car quoi que l’on dise, le jeu du foulard est un véritable fléau qui prend de l’ampleur dans l’ombre et contre lequel il est urgent d’agir.

Jusqu’au 8 mai dernier, nous vivions au sein de notre famille un parfait bonheur. Notre unique but dans la vie, à ma femme et à moi même, était d’élever nos deux enfants le mieux possible, de leur apporter tout ce dont ils pouvaient avoir besoin pour qu’une fois adultes ils trouvent sans peine leur place dans notre Société.

Le 8 mai dernier donc, pour nous tout a basculé. Après avoir passé une agréable journée en notre compagnie, vers 19h, notre fille Marie avait décidé de se retirer dans sa chambre pour pratiquer le jeu du foulard. Nous étions loin de penser que c’était la dernière fois que nous la voyons vivante. A l’heure du repas, nous l’avons retrouvée pendue avec sa ceinture de judo. Il était trop tard, les secours, non plus, n’ont rien pu faire pour la réanimer. Sans doute a t-elle voulu aller au delà de ses limites et ainsi accroître les sensations que donnent l’étranglement, toujours est il, que cette fois elle y a laissé sa vie.

Marie allait vers ses 16 ans. Ce n’était pas une enfant suicidaire. Elle aimait trop la vie. Elle était jolie, brillante, sensible et surtout très attachante. Tout lui réussissait. Elle venait de passer son brevet de secouriste et attendait avec impatience ses 16 ans pour devenir pompier volontaire. Elle ne supportait pas l’injustice et avait pour ambition professionnelle d’entrer dans la Police, toujours par vocation. Nous ne pourront jamais l’oublier et elle nous manque terriblement. Nous ne dormons plus la nuit, ma femme vit sous antidépresseurs et n’est pas prête à reprendre son travail tant elle a été choquée.

Notre fille aimait trop les sensations extrêmes. Elle s’est laissée piéger sur internet par un jeu mortel mené par une bande d’adultes qui lui prodiguaient des conseils pour obtenir toujours plus de sensations, sans risque d’après eux, et à la seule condition de ne laisser derrière elle aucune trace de contact avec eux sur son ordinateur. Le danger est partout et provient parfois de là où l’on s’y attend le moins. Cette fois il est venu d’un site à grande popularité fréquenté par des adultes et aussi par des mineurs intitulé « Copains d’avant ».

« Copains d’avant » est un site de rencontre qui permet de retrouver des anciens camarades de classe ou des amis perdus de vue. Ce site propose également d’échanger autour d’une passion tout à fait anodine comme le vélo, le cinéma, le sport… Qui aurait pensé que « Copains d’avant » proposait aussi de pratiquer sans le moindre interdit le jeu du foulard ? 27 inscrits annonce fièrement le site. Avec tous les risques que comportent ce jeu, qui sont clairement authentifiés aujourd’hui, comment a t-on pu autoriser cela ? N’est il pas temps d’agir pour sauver nos enfants en interdisant ou en règlementant les thèmes abordés ? Combien faudra t-il encore de morts pour l’on se décide enfin à agir ?

Notre vie quotidienne a beaucoup changé depuis. Nous sommes souvent face à des murs d’incompréhension. Et il y a aussi le regard des autres qui ne comprennent pas toujours ce qui nous est arrivé. Notre vie est brisée. Nous agissons en sorte pour faire avancer l’enquête policière. Nous n’avons aucun soutien de la part du lycée public de Cornouaille où notre fille était inscrite en classe de seconde.

Cet établissement n’a fait en cours d’année aucun travail de prévention sur le jeu du foulard que se soit auprès des élèves ou de leur parents, et pire encore, une semaine avant le drame, la psychologue scolaire avait convoqué notre fille dans son bureau (d’après certains élèves à cause du jeu du foulard). Elle avait décelé chez elle un comportement suspect, à risque, suffisamment alarmant pour lui en parler et pour lui donner l’adresse de trois psychiatres, en lui disant qu’elle pouvait les consulter anonymement sans la présence de parents. Nous n’imaginons pas un seul instant que notre fille de quinze ans puisse prendre seule un rendez-vous chez un psychiatre. Lorsque nous lui avons demandé la raison pour laquelle elle n’avait pas voulu nous alerter, elle nous a froidement répondu qu’elle ne voulait pas nous alarmer. Nous avons été horrifiés. Cette femme aurait sans doute pu sauver notre fille. En tant que professionnel, son devoir était de nous alerter, ou à défaut, dans le doute, son supérieur hiérarchique le proviseur de l’établissement. Pour nous, ce n’est ni plus ni moins que de la non assistance à mineure en danger. C’est scandaleux.

Après le drame de notre fille, nous ne comprenons toujours pas l’absence de réaction de l’établissement scolaire. Nous sommes surpris par son immobilisme et sa volonté de minimiser l’affaire, de la réduire au silence. Aucune réponse du proviseur à notre courrier, et depuis l’accident toujours pas de prévention sur le jeu du foulard auprès des élèves, et aucune information aux parents. Et pourtant, là maintenant, c’était le moment de le faire. Nous le savons, et de source sûre, qu’il y a d’autres enfants en souffrance dans la classe et qu’il est urgent de les mettre en garde. Le jeu du foulard serait il tabou dans les lycées ? Y applique t-on la loi du silence à son sujet ?

Plus curieux encore, le lycée a personnellement téléphoné aux parents d’élèves de la classe de notre fille pour les informer que son décès était un suicide, alors que l’enquête de Police, loin d’être terminée, s’oriente plutôt vers le jeu du foulard. Quelle ignominie ! Et de quel droit peut on ainsi salir la mémoire de notre fille ? Comment au lycée de Cornouaille peut on dire officiellement de tels propos ? Et pourquoi masquer la vérité aux parents et aux élèves ?

Notre quotidien, Monsieur Le Ministre, est désormais un combat. Nous nous battons pour le respect de la mémoire de notre fille, contre l’indifférence, pour faire avancer et évoluer les mentalité, pour que le jeu du foulard ne soit plus un tabou, pour qu’il y ait plus de prévention auprès des jeunes et de leur parents et pour que cesse un jour ce jeu insensé.

Veuillez agréer, Monsieur Le Ministre, l’expression de nos sentiments distingués.

Madame et Monsieur Maurice Trépos
14 rue de Penanguer
29000 QUIMPER
TEL 02 98 55 50 74
email : maurice.trepos@sfr.fr

 

Les commentaires sont fermés.