tem_f03_1Nicolas a cru que ces expériences qu’il pratiquait depuis le printemps 2000 étaient, sinon anodines, tout au moins sans risque pour lui, il était certain de pouvoir se détacher à temps… comme chaque fois… Elève du lycée Michelet à Nice depuis 2 ans, il entamait sa classe de 1ere S, et ce mercredi 20 septembre , après avoir discuté avec sa prof de français des épreuves futures du bac, il avait suivi ses cours du matin. J’avais fait un saut au lycée dans la matinée, pensant qu’il avait emprunté mon portable, mais il m’a répondu que j’allais le retrouver quelque part à l’appartement. Effectivement il l’avait caché sous un coussin, il m’avait regardé avec ses yeux malicieux, et j’avais souri. En reconnectant l’appareil, j’ai pu relire le petit mot doux qu’il y avait imprimé : « bonjour maman chérie »,petit mot qui allait devenir infiniment précieux …
A la sortie des cours, le téléphone sonne, Nicolas me parle d’une grève de bus, son meilleur copain ne peut repartir chez lui, Thibault viendra donc déjeuner à la maison.
Les deux amis partagent la joie de se retrouver ensemble, aiment à plaisanter, avant de repartir au lycée pour un devoir écrit. Nicolas en reviendra satisfait, me parle de son prochain anniversaire qu’il souhaite fêter au club de voile on fera une soirée, ce sera super ! En fin d’après-midi, il se rend chez Jean-Charles Terrassier, le psychologue spécialisé « enfants précoces », une simple rencontre pour vérifier que tout va bien, j’avais failli annuler ce rendez-vous pris depuis près d’un an, car tout allait vraiment bien, et je n’en voyais pas réellement l’utilité, Nicolas non plus. Il en est revenu tout joyeux, ils avaient plaisanté pendant une heure, mais Nicolas pensait encore cette rencontre inutile. Le lendemain, ce psychologue devait confirmer l’état positif de mon fils, suicide impensable. Nous avons dîné, Thibault a passé un coup de fil à Nicolas qui a répondu rapidement, il ne voulait pas manquer le résumé des JO à la télé vers 20h 15, puis il est parti dans sa chambre, me disant « bonne nuit » et m’embrassant alors que je m’étonnais d’une retraite aussi rapide, mais il voulait vite réviser une leçon et se coucher tôt pour pouvoir se lever vers 6 heures… Toujours les JO de Sydney, résumé du matin .

Peu après il est ressorti de sa chambre pour prendre un pantalon sur ma pile de repassage, tout était prévu pour gagner du temps le matin suivant ! La soirée a été calme, un petit bruit inhabituel a attiré mon attention, j’ai allumé la salle de bain pour vérifier que rien n’était tombé, je me suis approchée des chambres de mes fils, un filet de lumière passait sous les portes, tout était tranquille, je n’ai pas ouvert…
A 6 heures 20 le lendemain, ma fille de 6 ans et demi vient me réveiller, le son du réveil de son frère la dérangeait, elle va lui dire de l’arrêter et revient me dire que Nicolas est « bizarre ». Je me lève pour lui demander de fermer son réveil, et là, devant moi, face à moi, Nicolas, debout sur ses pieds et accroché par le cou à une ceinture de judo… Vision d’horreur… Il est mort… Il est inutile ici de détailler cet instant et la suite, sinon pour dire que la police m’a appris l’existence de ce sale jeu dit du « foulard » et de ses ravages chez les jeunes, enfants et adolescents. En quelques jours j’apprenais par mes relations dix cas de décès d’enfants dans des conditions identiques. Des copains de mon fils témoignaient avoir pratiqué cela sans avoir eu la notion du risque encouru, ils l’avaient fait en colonie, à l’école, parfois sous le nez d’un surveillant plutôt amusé et intéressé qu’alerté par les convulsions de ces gamins inconscients… Cela remontait parfois à plusieurs années auparavant, ils s’amusaient à se raconter leur expérience, et toujours tentaient de convaincre de nouveaux copains joueurs… Terrifiant !

Peu à peu les souvenirs me revenaient… Cette trace d’hématome, sur le côté du cou de Nico, il disait qu’il avait chahuté au lycée avec les copains… Ce jour où il m’a dit que tel camarade lui avait montré qu’en appuyant là… les effets pouvaient être amusants… Cet après-midi où un copain de classe avait ses doigts autour du cou de Nico… Je n’ai pu comprendre, j’ignorais tout de ces pratiques, c’était inimaginable, et je n’ai pas relié ces informations entre elles ! Plus tard, lorsque nous avons échangé avec d’autres parents, j’ai compris aussi ces violents maux de tête dont il se plaignait depuis peu, qui passaient très vite apparemment, inutile d’aller voir le médecin, qui n’aurait pas compris non plus, il ignorait aussi le phénomène ! Après plusieurs contacts de médias dans le but d’alerter à temps d’autres parents, le Figaro du 18/10/2000 écrivait un premier article, l’information a été rapidement reprise par d’autres journaux, radios et télévisions. Plusieurs familles ayant vécu la même horreur, parfois 40 ans auparavant, 26 ans ou 5 ou quelques mois ou quelques jours… Nous sommes très nombreux.

Actuellement 27 familles ont été en contact direct, et plus de 70 cas précis nous ont été signalés. Des liens très forts existent entre certaines familles, l’échange nous donne des forces ,certaines acceptent de témoigner en public pour renforcer cette alerte d’interêt public, d’autres préfèrent l’anonymat, mais nous pouvons nous rencontrer. Un très grand nombre d’autres familles que nous ne connaissons pas souhaitent rester anonymes, ce qui est parfaitement respectable. Combien ont pu comprendre, parfois après des dizaines d’années, que leur enfant ne s’était pas suicidé, comme on le leur avait laissé entendre ? Combien ont pu « revivre » après tant d’années, comme les parents de Sosthène parce qu’ils pouvaient enfin comprendre leur enfant et commencer le deuil ? Nous ne saurons jamais les chiffres, les statistiques n’existent pas. Nous ne saurons jamais le nombre impressionnant des enfants qui ont joué à ces pratiques dangereuses depuis des décennies, alors que personne ne leur en a jamais expliqué le danger, tous les témoignages le confirment…

Aujourd’hui ce « jeu » sévit toujours, et plus qu’on ne le pense… Mais il n’est plus excusable de continuer à se taire, la prévention est nécessaire, y compris dans les écoles primaires. Les professionnels de l’enfance doivent être prévenus, ce qui n’est pas le cas. Les parents d’élèves, les professeurs, les surveillants ,les infirmières, les médecins les pompiers et la police… Il ne sert à rien de continuer à considérer ce phénomène comme un tabou, une honte, ou d’être effrayé par l’horreur de ces pratiques. Elles existent depuis plus de 40 ans, il faut lutter contre ce fléau comme on le fait contre la drogue ou le sida ! Trop d’enfants et de jeunes sont morts ou handicapés à vie, c’est trop stupide, il faut réagir ! N’hésitez pas à prendre contact avec notre groupe de parents et de sympathisants, nous vous répondrons et vous orienterons pour des préventions, nous recueillerons vos témoignages, nous échangerons si vous avez vécu le même drame, notre peine et notre chagrin sont immenses, mais la force des rencontres peut apporter un soutien essentiel ! Notre action est totalement bénévole, nous avançons avec nos petits moyens depuis plus de 2 ans, ce n’est qu’une goutte d’eau mais elle peut sauver d’autres vies…

Témoignage reçu en novembre 2002 .

Les commentaires sont fermés.