tem_f04_1Arras, 17 mars – Julien, 12 ans, a été retrouvé dans le garage familial, mort par strangulation.

Jeu du foulard : Des parents brisent le tabou

La mort d’un enfant cette semaine dans le Val-de-Marne résonne comme un lugubre écho pour une famille d’Arras.

Julien Dubrouillet aimait Eminem, sa famille et surtout les expériences. Le 18 mai, il aurait fêté ses 13 ans. Une fine moustache avait fait son apparition. Si, dans sa chambre, les personnages de Disney côtoyaient voitures miniatures et maquettes de château fort, l’ordinateur et les tubes à essai prouvent qu’il se préparait à passer un cap. Le « petit homme » voulait devenir chimiste. Multipliait les bonnes notes, délaissait parfois ses jeux vidéo pour des émissions scientifiques et des documentaires.
La mort d’un enfant cette semaine dans le Val-de-Marne résonne comme un lugubre écho pour une famille d’Arras.

Julien Dubrouillet aimait Eminem, sa famille et surtout les expériences. Le 18 mai, il aurait fêté ses 13 ans. Une fine moustache avait fait son apparition. Si, dans sa chambre, les personnages de Disney côtoyaient voitures miniatures et maquettes de château fort, l’ordinateur et les tubes à essai prouvent qu’il se préparait à passer un cap. Le « petit homme » voulait devenir chimiste. Multipliait les bonnes notes, délaissait parfois ses jeux vidéo pour des émissions scientifiques et des documentaires.
Julien est mort le jeudi 17 mars. Suicide ou accident causé par un jeu morbide ? Sabine Corvaisier, substitut du procureur d’Arras, a conclu « à un accident plus qu’à un suicide au regard du contexte familial et de la vie de l’enfant ». Lysiane, la maman, a tranché. « Juju » était un enfant heureux, la mascotte de la 5e 1 du collège Gambetta, à Arras. Il avait des projets pour le samedi suivant ; cet été, il avait envie d’aller en Espagne, avec ses parents et son petit frère Nicolas parce que, à la rentrée, c’est cette langue qu’il avait choisi d’apprendre.

Mais « Juju » avait changé ces derniers mois. Il avait des traces sur le cou, il s’endormait en voiture sur de courts trajets. Il avait souvent mal à la tête, des vertiges. Il disait que c’était la fatigue ou qu’il avait une petite copine qui le serrait trop fort, ou que le chat l’avait griffé…

Donner l’alerte.

« Nous étions si heureux que j’étais certain que la mort ne franchirait jamais cette porte. Elle est passée par le garage… » Son père Richard, chauffeur routier, l’a trouvé, ce jour-là, avec un collègue. Il était 18 h. Richard l’a pris dans ses bras pour l’allonger dans le canapé. Le SAMU n’a rien pu faire.

Lysiane sort les bagues qu’elle a retrouvées sur les doigts de son enfant, après le drame, alors qu’il n’en portait jamais. Cinq bagues qu’elle avait cru perdues et deux cercles métalliques qui encerclent les tuyaux des gazinières, « comme si à chaque étape réussie, il en rajoutait une pour prouver le défi relevé ».

Elle parle de l’écharpe qui devait le protéger du froid et qui était nouée sous la corde qui l’a tué. De ses doigts glissés sous cette corde comme s’il avait voulu l’écarter de son cou. Des bruits sourds qui venaient, le soir, de sa chambre et qu’elle entendait avec son mari. De tout ce qui suggère que son fils pourrait être une victime du « jeu du foulard »… dont Lysiane ignorait tout. Comment imaginer que l’enfant aimé et aimant ait un jour décidé de se provoquer des évanouissements par strangulation et qu’un certain jeudi la mort si souvent provoquée en duel ait eu le dernier mot ?

Le récit est éprouvant pour les parents. Mais ils parlent. Refusent de se replier dans la douleur, d’entendre qu’ils élucubrent pour nier le suicide de Julien. Richard et Lysiane sentent une urgence à alerter les autres familles. En adhérant à l’Association de parents d’enfants accidentés par strangulation (1), présidée par Françoise Cochet, ils ont appris les règles de ce jeu morbide, qui a officiellement provoqué, depuis les années 50, la mort de 75 enfants et qui a sans doute fait une nouvelle victime, cette semaine, dans le Val-de-Marne. « Nous n’avons pas besoin d’être plaints. Nous voulons briser le tabou qui existe autour de ce jeu. Nous le devons à notre fils qui n’aurait pas voulu que d’autres meurent. Je crois aux enfants. Ils ont du cran. S’ils sont avertis, ils sauront arrêter d’eux-mêmes.

Et c’est pour cela qu’ils sont prêts à garder le doigt appuyé sur leur plaie, inguérissable.

Diane LENGLET
Témoignage publié par la VOIX DU NORD le dimanche 5 juin 2005

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