-Septembre 2015, témoignage d’un parent d’élèves

 

Je voulais au travers de ce mail compléter mon témoignage.
Tout d’abord j’insiste sur le fait qu’il ne faut “culpabiliser” personne, ni parents, ni
enseignants, surveillants, etc… Car ces jeux sont extrêmement difficiles à détecter.
Mais qu’il faut effectivement INFORMER et faire prendre conscience que ces
pratiques sont généralisées quels que soient les milieux sociaux, les quartiers, les
villes, etc. Et vous le savez mieux que quiconque. Le personnel encadrant (éducation
nationale ou colonies par exemple) doit en premier lieu se préoccuper de ceci (car
malgré tout c’est essentiellement à l’école qu’on apprend ce jeu – du moins en
groupe)…
Bref, pour ma part, il s’agissait bien d’un “jeu”, qui ne portait pas de nom, on “jouait”
juste à “se faire tomber dans les pommes”… J’étais au CM2 (10 ans), plutôt enfant
calme et sans histoire et mes camarades m’ont montré cette pratique… Au début
plutôt “incrédule” (je pensais qu’ils simulaient) j’ai à mon tour voulu essayer… Il
s’agissait de faire plusieurs flexions répétées (la fameuse hyperventilation) puis on
se plaquait au mur et un autre enfant appuyait fortement avec sa tête sur le plexus (à
la façon d’un rugbyman en mêlée) jusqu’à l’évanouissement. Je me souviens encore
très bien de la sensation éprouvée, perte de la vue mais pas du son (semiconscience)
et j’entendais mes camarades rigoler mais tout était “déformé”, comme
un mauvais rêve… Bruits de foule lointains et pourtant bien amplifiés dans la tête… Et
surtout l’impression que cela a duré 2 ou 3 minutes alors qu’ils m’ont garanti m’avoir
“réveillé” de suite (je ne me suis même pas vraiment effondré, puisque retenu par
mes camarades)… Ce qui n’a été qu’une seconde probablement m’a paru un long
voyage “éthéré”…
Nous avons répété cela à tour de rôle (une fois chacun seulement) mais dans la
cour, aux yeux de tous… Nous avions bien compris qu’il fallait éviter que les adultes
nous voient mais ne nous cachions pas plus que ça… Je me suis limité à cette
unique expérience (du moins dans mon souvenir) mais me rappelle qu’à la récréation
il était commun de voir les autres essayer… Sans effectivement aucune conscience
du danger puisque pour nous ça n’allait pas au-delà de “tomber dans les pommes”.
Comme je vous l’indiquais, c’est une autre fois, où mes camarades ont fait ceci dans
les toilettes que 2 choses m’ont alerté: Le fait de voir mon camarade s’effondrer et de
voir sa tête passer à 2 cm de la cuvette des toilettes, je me suis dit que c’était
dangereux (non pas sur le plan respiratoire mais car on pouvait se fracasser le
crâne)… Et je crois que ça a été le plus gros signal d’alerte pour moi ENFANT ! Puis,
le second événement, c’est d’avoir été spectateur d’un camarade que les autres
avaient du mal à “réveiller”, qui malgré de bonnes gifles est resté bien 30 ou 40
secondes au sol… Mais cet enfant était un “caïd” et nous l’avions suspecté de
“simuler” et de n’être même pas évanoui mais de faire le “dur” qui résiste aux baffes!
Ce jour là je me suis tout de même demandé ce qu’il arriverait si l’un deux ne se
“réveillait” pas… A partir de là la pratique c’est arrêtée d’elle même, ou du moins je
n’ai pas le souvenir de voir mes camarades continuer (mais cela ne veut pas dire
que d’autres groupes d’enfants ne le faisaient pas). Dans tous les cas, je n’ai
JAMAIS été témoins ni de spasmes, ni de tremblements, je n’ai jamais vu d’enfants
avoir les yeux révulsés, cela s’est toujours limité à de “simple perte de connaissance”
(ce qui n’en enlève pas moins leur dangerosité, j’en conviens !)…
Et ce n’est que bien plus tardivement, je pense même à l’âge adulte, que j’ai pris
conscience du danger de ces pratiques…
A bien y réfléchir, deux autres choses me sont revenues à l’esprit :
– Je pense en avoir parlé à mes parents lorsque j’étais enfant (1980), qui on dû me
dire de ne pas faire cela mais sans plus. Mes parents étaient tous les deux
enseignants en collège et ne paraissaient pas plus affolés ou au fait de ces pratiques
et de leur dangerosité. Et je ne pense pas qu’ils aient “alerté” les responsables de
mon école primaire (ou alors je ne l’ai pas su).
-Je crois aussi avoir retrouvé le souvenir d’avoir essayé de reproduire l’expérience
seul, mais plus tard, adolescent… Je pense avoir dans ma chambre fait des flexions
et essayé de m’appuyer sur le plexus, sans doute pour “re-tenter l’expérience”, mais
n’ai jamais réussi… Pour dire que malgré tout on doit éprouver une “curiosité” à
“expérimenter” cet “état” (probablement la quête de l’inconnu)… Et que, sans
prévention, même avec un peu plus d’âge, on ne réalise toujours pas la gravité de
ces “jeux”… Heureusement, aucun incident grave n’a été à déplorer parmi notre
“bande de copains” (ni dans nos établissements) lors de notre scolarité.
Voilà, je tenais à vous livrer ces quelques souvenirs pour peut-être participer à ma
façon à la connaissance de ces pratiques.
Aujourd’hui papa d’un petit garçon de 4 ans et responsable de 2 grands de 15 et 20
ans, je peux vous dire que je me sens concerné et que ma vigilance est accrue (mais
on n’est pas infaillible).
Je retiendrai essentiellement 2 choses qui pourront m’aider le cas échéant à faire de
la prévention à mon tour : cette idée d’outils de communication (comme une affiche
ou une campagne) à monter avec les “jeunes” (car je suis en contact avec des
jeunes professionnellement ou dans le cadre associatif également) et surtout une
phrase que vous avez prononcée pour expliquer aux enfants que, s’ils sont témoins
de ces pratiques, ce n’est pas de la délation ou être une “balance” que d’en parler à
des adultes mais c’est “porter secours à des personnes en danger” !!! Cette phrase
me semble primordiale !
Je vous remercie à nouveau pour votre intervention, pour votre travail, votre courage
et votre engagement. Bravo pour votre association dont je ne manquerai pas de faire
la promotion dès que l’occasion se présentera.
F.G.

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